vendredi 26 octobre 2012

Universel coiffure, Caroline Allard


Universel coiffure
Caroline Allard
Coups de tête, 2012




                Il se peut que vous ne connaissiez pas Caroline Allard. Normal, elle publie cette semaine son premier roman. Elle est pourtant une auteure reconnue, du public et de ses pairs. Comment, me direz-vous? Parce qu'elle a tenu un blogue, qui est devenu deux livres, une web série et finalement, une série télé, le tout sous la dénomination "Chroniques d'une mère indigne".  Certains lecteurs se rappellent peut-être d'un texte finaliste au prix Solaris, il y a quelques années, signé de ce nom. Car Caroline Allard a publié, avant tout ça, des nouvelles de genre. 


            
    Ceci étant dit, elle se lance, avec sa verve humoristique, dans le roman chez Coups de tête, avec Universel Coiffure. Dans la pure absurdité, nous retrouvons Sylvie, mauvaise coiffeuse, qui se fait enlever par deux soi-disant extraterrestres qui lui tiennent un discours sur le droit fondamental d'avoir une superbe coiffure. Ébranlée, de retour dans la vraie vie, elle se fera, bien malgré elle, l'ambassadrice de cette idée selon laquelle le bonheur et l'harmonie découlent d'une coiffure réussie qui augmente par conséquent l'estime de soi des gens. L'idée, bien anodine et un brin ridicule, fera son chemin vers les salons de coiffure, qui offriront des remboursements sur insatisfaction jusqu’à ce que des mécontents commencent à harceler leurs coiffeurs. Le tout dégénère en attentats et Sylvie, accompagnée de sa meilleure amie, Agathe, et du frère de celle-ci (et ex de Sylvie), Sylvain, cherchent à comprendre comment la situation a pu déraper autant.


           
     Déjà, vous comprenez que le ton est totalement décalé et que le livre se lit avec un sourire en coin. C'est de la science-fiction/roman humoristique / absurde  superbement écrite. Des personnages réels interviennent dans l'histoire, malgré tout ancrée dans notre réalité: Céline, Jean-Luc Mongrain, Jean Charest, les commissaires Bouchard et Taylor (qui hériteront d'une fin atroce!)… On y retrouve un philosophe, Hilary Putnam, qui explique la théorie de "Terre jumelle", qui ici est la planète où la guerre a été éradiquée par les belles coupes de cheveux…


               
  Le ton est donné dès le début: les blagues et allusions comiques s'enchaînent à un train d'enfer, les références multiples aux cheveux, dans le vocabulaire, les expressions et les aventures des personnages feront sourire même les plus mornes comptables en complet gris ton sur ton.  Les situations sont énormes, mais on se laisse raconter cette histoire en se disant "Voyons, ça se peut pas, elle va pas mettre ça dans son roman!"

Et pourtant... Le pire, dans tout ça, est bien qu'on demeure malgré tout dans la SF, métaphorique, peut-être, mais aussi sociale. Si Terre jumelle existait pour vrai et qu'il était réellement possible de voyager d'une planète à l'autre? L'auteure ne fait pas dans la quincaillerie SF et n'explique pas, mais le fait demeure: le roman ne quitte jamais totalement la science-fiction. 

Mais peu importe la classification du livre: il vaut la peine d'être lu, peigne à la main!


mercredi 3 octobre 2012

Sept comme Setteur, Patrick Senécal



Le bonhomme est plus effroyable que vous le croyiez!
Patrick Senécal - Sept comme Setteur - Roman d’épouvante - Éditions de la Bagnole - Collection Gazoline
Patrick Senécal est un écrivain en vue dans les médias. Ses univers sombres, violents, pervers et malsains font la joie de dizaine de milliers de lecteurs, et chacun de ses romans est en passe d’être adapté au cinéma. Quand Senécal a publié un roman pour jeunes, je me suis demandé comment il pourrait adapté son écriture, mais surtout, comment il s’y prendrait pour effrayer les plus jeunes.


A-t-il réussi son pari? Oui. Sept comme Setteur est un roman intéressant, même s’il n’atteint pas l’intensité des autres romans de Senécal. L’histoire est simple : Nat, un jeune garçon, est kidnappé par le Père Noël, qui l’amène dans la maison de Monsieur Setteur, qui est en fait le bonhomme Setteur. Comme il s’efface de nos souvenirs collectifs, son existence est menacée. Il a donc décidé d’utiliser d’autres icônes de l’enfance pour continuer à vivre : le Père Noël, La Fée des Dents et le Lapin de Pâques travaillent donc pour lui.
Au fil du temps, et avec l’aide de sa sœur, Rom, Nat tentera de contrecarrer les plans de Monsieur Setteur.
L’écriture de Senécal est, comme toujours, efficace et droit au but. L’histoire est intéressante, et j’imagine qu’elle fera frissonner les plus jeunes et pourra plaire aux plus vieux, même si le rythme est très différent de celui auquel Senécal nous a habitués. Les lecteurs attentifs pourront remarquer la petite référence faite à un roman précédent, comme Senécal le fait à tous ses livres. Au chapitre des petits points qui ont dérangé ma lecture, il y a les multiples notes de bas de page : l’auteur aurait dû utiliser des mots que les jeunes connaissent, plutôt que de donner des synonymes en bas de page (est-ce la faute de l’auteur ou de l’éditeur?)   


Les éditions de la Bagnole offrent, en plus du roman, un petit supplément appelé « Dossier Gazoline », qui comprend des appendices intéressants : on y retrouve une définition des romans d’épouvante, une « biographie » du bonhomme Sept-Heures ainsi qu’une explication de l’utilité des dialogues et du dénouement. C’est un must, et tous les romans de cette collection bénéficient du même traitement.

À noter que le livre a été réédité dernièrement, dans un nouveau format avec une nouvelle couverture. 
Bref, à lire pour compléter votre collection Senécal, mais gardez en tête que c’est un roman pour jeunes, sinon vous pourriez être déçu... Et si vous aimez, un autre roman jeunesse de Senécal a été publié par la suite!

mardi 2 octobre 2012

Là-haut sur la colline, Claude Bolduc


Un des meilleurs fantastiqueurs québécois!
Là-haut sur la colline - Claude Bolduc - Éditions Vent d’ouest - Roman-épouvante - Collection Ado Plus
Michel, transplanté de son petit village de Charlevoix, découvre les joies et les misères de la ville et plus précisément de la faune hétéroclite de son école : du grand un peu violent à la belle pitoune, Sophie, en passant par le skinhead et l’amant de la nature, la plupart des clichés ados sont en place.


Après quelques jours apparaissent l’étrange, l’épouvante et le fantastique par le biais d’une maison, dans la forêt derrière la nouvelle demeure de Michel.
À la fenêtre de la maison, Michel aperçoit la silhouette d’une jeune femme. Obsédé par la beauté de Sophie, puis par la jeune femme à la fenêtre, Michel se retrouvera pris dans une rivalité beaucoup plus profonde et importante qu’il n’aurait pu le croire, rivalité dont le dénouement « fantastique » est la clé du récit. Si le lecteur se doute assez tôt que la silhouette de la maison est de type fantomatique, la route vers l’explication finale se déroule lentement et l’on assiste à la descente aux enfers de Michel, prisonnier de l’influence des deux femmes sur sa vie.


Le récit est toujours centré sur Michel, par le truchement d’une narration extérieure, de ses rêves et de son journal intime, ce qui crée l’Effet d’être un peu perdu, comme l’est le jeune homme, qui en comprend pas ce qui lui arrive et ne semble pas réellement réaliser qu’il lui arrive quelque chose.
Dans le plus pur style de Bolduc, c’est direct, poétique et punché à la fois. Excellent roman plein d’ambiance, Là-haut sur la colline présente des personnages attachants. Bolduc n’a jamais fait aussi long, et pourtant, le roman s’essoufle à peine dans le deuxième tiers, avant de repartir en lion pour la fin haletante. C’est tellement fluide qu’on dirait parfois une très longue nouvelle. L’explication, dans la plus pure tradition fantastique, demeure incomplète et laisse volontairement quelques zones floues.
Bref, on en reprendrait... et on attend avec impatience la prochaine publication de l'auteur!

lundi 1 octobre 2012

Les lions d'Al-Rassan, Guy Gavriel Kay


La fantasy historique à son meilleur...
KAY, Guy Gavriel, Les Lions d’Al-Rassan, 1995 (édition française 1999), Beauport, Éditions Alire, 653 pages. Genre : Fantasy historique


Jehane bet Ishak, médecin, doit quitter Fézana, ville sous la férule d’Almalik 1er, car elle est en danger. Dans sa fuite, elle rencontre le capitaine Rodrigo Belmonte, venu chercher un paiement, et Ammar ibn Kairan, un poète aventurier. Jehane fait route vers Ragosa où elle espère pouvoir préparer sa vengeance contre Almalik. Elle y retrouve Rodrigo, exilé du Vallédo, et Ammar, exilé par le fils d’Almalik pour avoir tuer le roi.

Est-ce que, malgré leurs différences, Jehane, Rodrigo et Ammar vont éviter la guerre? Outre leur exil, ils partagent beaucoup. La guerre sainte se profile et ils doivent choisir leur camp : le Vallédo, l’Espéragne unie ou l’Al-Rassan? Nous avons droit ici à l’histoire de l’Espagne, alors que la péninsule, divisée entre musulmans (asharites, comme Ammar) et catholiques (jaddites, comme Rodrigo), tolère les juifs (kindath, comme Jehane) et est reconquise par les catholiques.


Ce roman d’aventure se rattache à la fantasy par l’apport d’une dimension épique et magique. Plus particulièrement, il s’agit de fantasy historique, qui s’apparente un peu au steampunk. Dans l’un, c’est une période historique qui est complètement recréée et changée; dans l’autre, c’est l’époque victorienne qui est revisitée. Kay, lui, met en place un autre monde qui ressemble à une période médiévale bien précise. Avec Tigane (l’Italie), Une chanson pour Arbonne (la France) et la Mosaïque Sarantine (Constantinople), il conte des aventures fabuleuses, grâce à sa plume toujours imagée et agréable à lire. Ses personnages sont vivants et intelligents; les lieux qu’il dépeint toujours complets et intéressants. Il réussit à amener beaucoup d’émotions dans les scènes clés de l’intrigue, par une description poignante d’actes héroïques ou simplement en nous entretenant de « l’histoire » des contrées dont il nous parle.