lundi 13 août 2012

Oniria, Patrick Senécal



Un roman complètement fou, par le maître du thriller québécois.
Oniria, c’est une maison, une villa, qu’habite Vivianne Léveillé, psychiatre. Oniria, c’est un roman sur la découverte de soi et de ses peurs, sur la folie, certes, mais surtout, c’est un roman dans la veine Senécal qui s’attarde à tenter de comprendre comment aller jusqu’au bout de soi et de l’horreur.

Le synopsis est simple : quatre gars s’échappent de prison. Dave, Jef, Loner et Eric se retrouvent en ville, mais déjà les rues sont surveillées par la police. Ils se cherchent alors une cachette et aboutissent à la demeure de la psy, dont Dave connaissait l’adresse. Seulement, voilà que la maison en question, Oniria, abrite, en plus de Vivianne, la bonne Éva, d’inspiration pornographique, et le professeur Zorn, archétype du scientifique fou en chaise roulante.


Dans le sous-sol d’Oniria, il y a plusieurs pièces qui servent aux expérimentations de Vivianne et de Zorn. Il est impossible d’en dire plus sans révéler les divers punchs qui parsèment le roman, mais on entre dans la science-fiction d’inspiration classique, pour ne pas dire cliché, de plein fouet, pour basculer dans le fantastique d’horreur à la sauce Senécal. Car Oniria est avant-tout un livre bâti sur le même modèle que les autres romans de l’auteur, et il en exploite les mêmes thématiques.

Le départ est canon, avec l’évasion, et si tout semble normal, c’est à l’entrée dans la maison que tout commence à disjoncter. Pourtant, rien de fantastique à l’horizon : juste quelques fous. Puis, lentement, la réalité glisse vers autre chose, et les explications, si rationnelles soit-elles, ne suffisent pas à rassurer le lecteur.
Graduellement, les personnages explorent la tension et la folie, tout comme le lecteur qui, s’il est familier avec Senécal, reconnaîtra les mécanismes de l’horreur de l’auteur.
Car le roman rappelle les autres écrits de ce dernier. Tout comme dans Aliss, Oniria présente une quête d’identité, une quête sur la question du dépassement de soi. Dans Aliss, c’est l’héroïne, la jeune Alice, qui sort de son contexte pour s’exiler dans un quartier de Montréal. Dans Oniria, ce sont les évadés qui entrent dans la maison. Dans Aliss, la jeune femme se retrouve à expérimenter les drogues et à chercher jusqu’où elle ira. Dans Oniria, Loner veut aller au bout de l’horreur, pour tenter de comprendre les êtres humains. C’est aussi comme l’écrivain Thomas Roy qui, dans Sur le seuil, se demande jusqu’où ira l’horreur (c’est Dave ici qui assiste à l’horreur, impuissant); en même temps, c’est le psychiatre Lacasse qu’on retrouve ici. Il n’est pas dans le livre, non, mais Vivianne Léveillé évoque Lacasse. Ce dernier s’est rendu au bout de l’horreur dans Sur le seuil, autant lorsqu’il apprend la vie de Thomas Roy que lorsqu’il revient à la clinique et qu’il assiste, impuissant, au massacre. Léveillée est ce que Lacasse aurait pu devenir s’il avait sombré dans la folie à la fin du roman.

On pourrait aussi citer 5150, rue des Ormes, car Yannick Bérubé ressemble à nos prisonniers : lorsqu’ils ont la chance de s’enfuir, de remonter et de ne pas redescendre dans la cave, ils hésitent. Car ils veulent aller jusqu’au bout… Alors que Bérubé revient pour prouver à Beaulieu qu’il a tort, Eric veut descendre voir ce qu’il y a dans la cave et Loner veut affronter les danseurs du bal masqué, et ce au risque de leur raison et de leur vie.

On retrouve aussi Dave, qui n’est pas sans rappeler Bruno Hamel qui, dans Les sept jours du talion, explore ses démons. Dave crie à l’injustice et affirme qu’il n’est pas coupable. Alors, lorsqu’il se retrouve devant un dilemme consistant à tuer pour survivre, il hésite longuement à sombrer, un peu comme Hamel, sauf que ce dernier s’enfonce volontiers du côté sombre, tout en résistant à sa façon. Dave est probablement le plus sensé des quatre prisonniers, car il refuse et nie la violence malgré le déferlement de tripes et de sang qui se passe autour de lui. 

Enfin, la conclusion n’est pas sans rappeler celle de Le Passager, puisqu’elle joue sur les mêmes registres de la folie. Et pour la première fois, j’ai l’impression que les personnages sont vraiment allés au bout de la folie, au bout d’eux-mêmes, sans la retenue que je sentais dans les autres romans de l’auteur, car ils acceptent cette folie comme faisant partie d’eux-mêmes. Et le ton... c'est celui qui s'approche le plus des nouveaux romans de l'auteurs, dans la série Malphas. 
Bref, un roman à lire absolument, que vous aimiez ou non l’auteur, et vous mettra dans l'ambiance pour la sortie du nouveau Senécal, Malphas 2, très bientôt.


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