vendredi 27 juillet 2012

Agrippa: Le livre noir, Mario Rossignol et Jean-Pierre Sainte-Marie


Un livre que tous les amateurs de fantastique devraient découvrir!
Agrippa, le livre noir est le premier roman de Jean-Pierre Ste-Marie et Mario Rossignol. Il s'agit d'un consistant roman fantastique se déroulant dans les années 1920 à Sainte-Clothilde-de-Châteauguay.
Un «Agrippa» est un livre immense dont le contenu, dicté par Satan, a été écrit par un homme du nom d’Henri Cornelius Agrippa. Ils renferment l’essence du mal et des enfers et apportent pouvoir et puissance à celui qui en maîtrise un. Or, la famille de John Dwyer a enseveli, au dix-neuvième siècle, un Agrippa dans une église près de Sainte-Clothilde.


Le roman met en scène William Black, un nécromancien, dont la quête est de retrouver l’Agrippa et d’apprendre à le contrôler. Pour lui faire face, les auteurs donnent vie à trois personnages : John Dwyer ; Albert Viau, un résidant de Sainte-Clothilde ; et le curé Édouard Laberge, un envoyé spécial du Vatican, spécialiste des affaires occultes et magicien « blanc ».
Dans une note, en introduction, nous apprenons qu’Albert Viau est le grand-père maternel des auteurs et qu’il a laissé un vieux manuscrit racontant l’histoire de l’«Agrippa» de Sainte-Clothilde. Les auteurs n’auraient fait que retranscrire et « éditer » le texte pour en faire un roman.
Est-ce vrai ? Impossible de le savoir.

Cependant, le livre est basé sur certains faits réels. Henri Cornelius Agrippa est un alchimiste allemand qui vécut au début des années 1500 et qui fut condamné par l’église pour avoir écrit un traité d’occultisme, De Occulta Philosophia (pour le lire : http://anti-phoenix.org/occulta.htm). L’homme et son livre sont bien connus des amateurs de gothique : de nombreux sites de satanisme traitent d’Agrippa ou de son précis de philosophie noire (Une recherche dans Google avec l’expression « cornelius agrippa » donne 277 000 résultats).
Le roman présente plusieurs moments forts, particulièrement dans les scènes d’action. L’affrontement du curé de la paroisse (qui fera appel au Vatican pour l’aider à chasser Black du village) avec des loups menés par Black est excellente, de même que la confrontation de Viau avec un loup-garou et la bataille magique finale entre Black et Laberge, où les deux hommes s’opposent autant par l’esprit que par la magie.
Finalement, Agrippa, le livre noir, est un bon roman, bien écrit et bien mené par Rossignol et Ste-Marie. Leurs descriptions imagées sonnent justes tandis que les révélations sur la religion catholique sont intéressantes, tout en restant assez près des croyances ayant déjà été utilisées dans des romans sur le vampirisme (quelqu’un est-il surpris d’apprendre que Caïn aurait pu être le premier vampire?)


Cependant, les auteurs offrent d’intéressantes visions de l’amour et de la magie, en amenant une réflexion de la part du lecteur, par le biais de conversations entre les curés et Albert Viau. La nature de Dieu, celle de son ennemi éternel et la place de la magie dans notre monde sont quelques-uns des thèmes abordés.
Je ne peux juger de la reconstruction historique, ne connaissant pas réellement le Québec des années 1920, mais certains détails agacent: les notes de bas de page qui traitent de l’histoire « réelle » de Sainte-Clothilde font décrocher le lecteur. J’ai par contre apprécié d’autres notes de bas de page, où les phrases latines et anglaises étaient traduites et où certaines précisions permettaient de mieux comprendre le vocabulaire utilisé. 

Agrippa est un beau livre, de format moyen, à la couverture simple, mais efficace. Il rappelle par moment les livres de Sernine, en ce qui a trait à leur étroit rapport avec la religion catholique (le père Wenceslas et le curé Laberge pourraient aisément partager les mêmes discours), et mérite d’être lu par les amateurs de fantastique québécois.

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