dimanche 29 juillet 2012

Délires d'Orphée, Catherine Dufour


Collection des éditions Baleine, le club Van Helsing présente un concept particulier qui produit des romans où l'action ne manque pas.
Troisième roman du CVH qui me tombe entre les mains, Délires D’Orphée propose une rupture de ton des autres romans de la série: ici, point d’action, de haute voltige, de sang, de peau…

Toutefois, l’auteure, reconnue pour sa fantasy humoristique, mène, à l’aide d’une plume poétique et alerte, une histoire dérangeante et humaine, mettant en scène le marin Senoufo Amphis, qui doit retrouver une carapace de tortue qui a été volée à l’asile Bedlam. Van Helsing, en lui assignant sa mission, ne lui donne pas réellement de détails, seulement un petit dossier contenant d’étranges allusions mythologiques... et il lui confie que la carapace de tortue est en fait une lyre.


La lyre d’Orphée cause un désespoir profond, comme le prouvera le roman : Amphis suivra la piste grace à un informateur qui le mettra sur la piste d’un islamiste extrême puis sur celle d’une femme, dont le passé est intimement lié à celui du CVH…
Sur 156 pages, Dufour fouille la psychologie de son marin, qui se demande pourquoi Van Helsing l’a désigné et qui s’ennuie de la mer, et joue beaucoup sur les différences entre les « terriens » et les « marins ». Les liens de l’intrigue avec Van Helsing permettent d’avoir un aperçu du personnage (plus profondément que dans Mickey Monster ou Léviatown, par exemple)

Si une chose m’a ennuyée à la lecture, c’est le rythme, que j’aurais aimé plus rapide, et la passivité du « monstre ». La lyre qui enchante aurait pu être exploitée de façon plus vive et active. Reste que le roman se lit rapidement, et ne contient pas de longueurs, ce qui en fait une lecture fort agréable!

samedi 28 juillet 2012

L'avaleur de sable, Stéphane Bourguignon


Le scénariste de La Vie, la vie et de Tout sur moi nous offre un roman agréable, un classique de la littérature québécoise contemporaine.


L'avaleur de sable, c'est Julien, un gars qui n'arrive pas à se remettre de la mort de sa copine, Florence. Son bon chum Pierrot décide que c'est assez et ils se retrouvent dans un bar. C'est le début de toute leur histoire. On dit souvent que les rencontres amoureuses les plus romantiques sont les plus inusitées; c'est ce que nous présente Bourguignon ici, des situations inusitées qui mènent à une belle histoire d'amour, car il ne faut pas se tromper: au-delà des descriptions comiques et des déboires de Pierre et Julien, c'est d'amour qu'il est question.


D'abord la rencontre de Pierre et de Sonia, dans le bar en question, alors que Sonia est importunée par un gros roux laid. Et la rencontre entre Julien et Pépé, qui l'engagera au marché de légumes, alors que Julien se sauve du gros roux laid après l'avoir par hasard rencontré dans la rue. La rencontre de Julien et d'Annie, alors qu'elle vient voler des légumes au marché. C'est Annie qui redonnera à Julien le goût de vivre, le goût d'aimer.


Nous les suivrons dans leurs déboires amoureux, dans leurs joies et leurs peines, du moment de leur rencontre jusqu'à ce que Julien réalise qu'il aime la vie et qu'il veut avaler le sable du sablier du temps (d'où le titre). Sonia, puis Annie voudront des enfants; Julien et Pierre devront apprendre à composer avec les poupons à venir et avec leurs blondes qui ressentent l'appel de la nature.


L'écriture de Bourguignon est agréable; s'il est moins drôle que Dompierre, s'il utilise moins de phrases punchées que Simard, il a un sens de la métaphore incongrue qui fait souvent sourire. Ses personnages sont vivants et tous intéressants. Bref, c'est très bon.

vendredi 27 juillet 2012

Agrippa: Le livre noir, Mario Rossignol et Jean-Pierre Sainte-Marie


Un livre que tous les amateurs de fantastique devraient découvrir!
Agrippa, le livre noir est le premier roman de Jean-Pierre Ste-Marie et Mario Rossignol. Il s'agit d'un consistant roman fantastique se déroulant dans les années 1920 à Sainte-Clothilde-de-Châteauguay.
Un «Agrippa» est un livre immense dont le contenu, dicté par Satan, a été écrit par un homme du nom d’Henri Cornelius Agrippa. Ils renferment l’essence du mal et des enfers et apportent pouvoir et puissance à celui qui en maîtrise un. Or, la famille de John Dwyer a enseveli, au dix-neuvième siècle, un Agrippa dans une église près de Sainte-Clothilde.


Le roman met en scène William Black, un nécromancien, dont la quête est de retrouver l’Agrippa et d’apprendre à le contrôler. Pour lui faire face, les auteurs donnent vie à trois personnages : John Dwyer ; Albert Viau, un résidant de Sainte-Clothilde ; et le curé Édouard Laberge, un envoyé spécial du Vatican, spécialiste des affaires occultes et magicien « blanc ».
Dans une note, en introduction, nous apprenons qu’Albert Viau est le grand-père maternel des auteurs et qu’il a laissé un vieux manuscrit racontant l’histoire de l’«Agrippa» de Sainte-Clothilde. Les auteurs n’auraient fait que retranscrire et « éditer » le texte pour en faire un roman.
Est-ce vrai ? Impossible de le savoir.

Cependant, le livre est basé sur certains faits réels. Henri Cornelius Agrippa est un alchimiste allemand qui vécut au début des années 1500 et qui fut condamné par l’église pour avoir écrit un traité d’occultisme, De Occulta Philosophia (pour le lire : http://anti-phoenix.org/occulta.htm). L’homme et son livre sont bien connus des amateurs de gothique : de nombreux sites de satanisme traitent d’Agrippa ou de son précis de philosophie noire (Une recherche dans Google avec l’expression « cornelius agrippa » donne 277 000 résultats).
Le roman présente plusieurs moments forts, particulièrement dans les scènes d’action. L’affrontement du curé de la paroisse (qui fera appel au Vatican pour l’aider à chasser Black du village) avec des loups menés par Black est excellente, de même que la confrontation de Viau avec un loup-garou et la bataille magique finale entre Black et Laberge, où les deux hommes s’opposent autant par l’esprit que par la magie.
Finalement, Agrippa, le livre noir, est un bon roman, bien écrit et bien mené par Rossignol et Ste-Marie. Leurs descriptions imagées sonnent justes tandis que les révélations sur la religion catholique sont intéressantes, tout en restant assez près des croyances ayant déjà été utilisées dans des romans sur le vampirisme (quelqu’un est-il surpris d’apprendre que Caïn aurait pu être le premier vampire?)


Cependant, les auteurs offrent d’intéressantes visions de l’amour et de la magie, en amenant une réflexion de la part du lecteur, par le biais de conversations entre les curés et Albert Viau. La nature de Dieu, celle de son ennemi éternel et la place de la magie dans notre monde sont quelques-uns des thèmes abordés.
Je ne peux juger de la reconstruction historique, ne connaissant pas réellement le Québec des années 1920, mais certains détails agacent: les notes de bas de page qui traitent de l’histoire « réelle » de Sainte-Clothilde font décrocher le lecteur. J’ai par contre apprécié d’autres notes de bas de page, où les phrases latines et anglaises étaient traduites et où certaines précisions permettaient de mieux comprendre le vocabulaire utilisé. 

Agrippa est un beau livre, de format moyen, à la couverture simple, mais efficace. Il rappelle par moment les livres de Sernine, en ce qui a trait à leur étroit rapport avec la religion catholique (le père Wenceslas et le curé Laberge pourraient aisément partager les mêmes discours), et mérite d’être lu par les amateurs de fantastique québécois.

jeudi 26 juillet 2012

Y a-t-il un héros dans la salle?, Pierre-Luc Lafrance


Y a-t-il un héros dans la salle? est un excellent premier livre d’un jeune auteur dont nous n’avons pas fini d’entendre parler.
Premier roman de Pierre-Luc Lafrance, Y a-t-il un héros dans la salle? est, comme son nom l’indique, un roman de fantasy. Le concept à la base du roman est original : lorsqu’elles n’ont rien à faire, les fées se racontent des contes d’humains. Le roman se situe donc à deux niveaux : nous avons un narrateur qui nous raconte l’histoire de Josh et de ses petits-enfants tandis que Josh lui-même est narrateur de l’histoire de Cochon et de Sanssolde. Le roman est une histoire qui se fait raconter, ce qui permet à Josh d’intervenir dans la narration tandis que le narrateur de l’histoire globale intervient lui aussi dans l’histoire de Josh.


L’histoire que Josh nous raconte est celle du prince Pad de Revnu, surnommé Cochon à cause de son faciès porcin. Pad est envoyé par son père afin de trouver de l’aide pour combattre les hordes de barbares. Mais voilà, les héros sont en grève dans toute la contrée : ils demandent des conditions de travail plus héroïques. Alors Pad et son compagnon Sanssolde, voleur médiocre, s’embarquent pour l’aventure, accompagnés d’une épée magique, d’un héros qui parle plus qu’il ne se bat et du relationniste du dit héros (qui lui sert d’agent, à la manière des vedettes d’aujourd’hui). Pad et ses compagnons parcourront donc toute la lande en quête d’aide pour contrer l’invasion du pays de Boss par les barbares.

Bien que sommaire, ce résumé nous démontre bien la force de Lafrance : manier un humour éclairé et intelligent qui, je n’en doute pas, doit bien plaire aux ados à qui s’adresse le livre. Les personnages sont drôles et attachants, les situations cocasses à souhait et rien n’est vraiment pris au sérieux. Plusieurs clichés sont utilisés (ou plutôt ridiculisés) de façon originale. Aucune situation ne s’éternise. On sourit souvent, autant aux blagues qu'aux allusions à d’autres récits et contes pour enfants, un peu à la manière du film Shrek; allusions que ne comprendront pas nécessairement les adolescents, ni tous les lecteurs adultes, mais qui amènent une valeur ajoutée à la lecture
Un roman qui donne envie de se plonger dans les deux suites, Princesse à enlever et Y a-t-il un héros dans la salle #2?

mercredi 25 juillet 2012

Léviatown, Philip Le Roy


Le Club Van Helsing est un club sélect de chasseurs de monstres de tout acabit, du vampire au monstre marin. Comme le dit la quatrième couverture : « à chaque fois un match arbitré par l’un des plus fameux auteurs français issus du polar ou de l’imaginaire ».


Léviatown est le premier roman du Club Van Helsing que j’ai l’occasion de lire: comme je suis en plein dans le public cible d’une telle collection, c’est avec une grande joie que je me suis plongé dans la lecture du roman de Philip Le Roy, qui fut récipiendaire du Grand Prix de la Littérature policière en 2005.
Dans Léviatown, Le Roy s’attaque au Léviathan, l’un des quatre princes des ténèbres. En 2011, la Freedom Tower a remplacé les tours jumelles abattues pendant les célèbres attentats du 11 septembre 2001, et la tour est le nouveau refuge de Léviathan, qui, après l’effondrement des tours, a regagné les abysses, provoquant diverses catastrophes naturelles sur son passage, avant de revenir s’incarner dans la Freedom Tower, construite par Freedom Corp, compagnie qui s’active à nuire au CVH.
Pour affronter le monstre, Kathy Khan, descendante de Gengis Khan et formée au ninjutsu, jeune et belle Eurasienne plus dangereuse que tous les autres membres du CVH réunis, est désignée.

Kathy et plusieurs autres chasseurs se rendent à New York pour détruire l’égrégore (un regroupement d’esprits qui forment un esprit autonome, indépendant) qui donne vie à Léviathan. Dès leur arrivée, ils sont confrontés à des ennemis, et bientôt Kathy Khan se retrouve seule avec une autre chasseuse (Samsonite, chasseuse de loups-garous).
Aidées par le Père Paul, un religieux, elles tentent de rencontrer le président de Freedom Corp, Sammaël Ferryman. Pour ce faire, elles suivent la piste de la pièce « This is the new shit », qui aurait été trouvée enregistrée sur un cellulaire dans les décombres du WTC 2 ans avant la sortie de l’album la contenant.
L’auteur amène ses protagonistes, dans un déluge d’hémoglobine et d’action, dans les dédales d’une tour remplie d’étages cachés, d’escaliers dérobés, d’ascenseurs truqués. La narration est axée sur l’action… mais les péripéties sont tellement nombreuses qu’elles en deviennent étourdissantes. Le roman en est un d’apprentissage, aussi, car Kathy Khan est jeune et naïve : elle ne connaît rien de la vie, en dehors de ses techniques de ninja. Elle découvrira l’amitié et l’amour pendant ses aventures qui se déroulent à un train d’enfer, jusqu’à la conclusion surprenante et bien tournée.

Bref, j’ai apprécié la lecture, même si par moments, j’ai fait une surdose des scènes d’action ininterrompues. Le Roy sait raconter et tenir le lecteur en haleine, et ce premier contact avec le CVH me donne l’envie de plonger plus loin dans cette aventure!

mardi 24 juillet 2012

Marzi et Outchj, Pascal Leclercq


Marzi et Outchj est le premier roman de Pascal Leclercq, qui compte cependant quelques nouvelles et de la poésie (ainsi que quelques prix) à sa bibliographie. 

Dans son Coups de tête, il met en scène Georges Marzineau Jr, dit Marzi, fils d’un mafieux et d’une mère contrôlante, qui hérite de la business familiale à la mort du paternel. Il se retrouve donc mêlé à une machination avec le chef de police corrompu, le consul italien, sa mère et une secrétaire d’école et devient ami avec un Yougoslave du nom de Outchj, qui l’aidera à trouver qui veut le tuer…

Le principal défaut de ce roman est qu’il est trop décousu, pas assez concentré. Il y a de l’action, mais décrite en si peu de mots, et noyée dans tellement de tergiversations (certaines comiques) qu’il est difficile d’apprécier la lecture. Marzi est désagréable et se révèle un personnage peu attachant et dont le destin nous importe peu. Jamais le lecteur ne ressent l’urgence ou la violence qui devraient envahir le nouveau mafieux lorsque sa vie est en danger car les situations sont invraisemblables et les péripéties sans queue ni tête. 

L’écriture se veut, je crois, comique, mais rate sa cible à plusieurs moments, où le lecteur ne peut que soupirer et espérer avoir quelque chose d’intéressant à se mettre sous la dent.
On souhaitera cependant relire Leclercq, peut-être sous forme de nouvelle, pour bien saisir l'essence de sa plume.

lundi 23 juillet 2012

L'héritière de Ferrolia: Le portail des ombres, Guy Bergeron



Excellent premier tome
Guy Bergeron est un auteur de fantasy qui vit dans la région de Québec. Après une mésenvature éditoriale, les éditions Arion ayant publié son roman L'Orbe et le Croissant juste avec de faire faillite, il a republié son roman, ainsi que ses deux suites, aux éditions Porte-Bonheur, dans la collection La clef. Cette première trilogie a connu un grand succès, attribuable entre autre à la présence de Guy dans plusieurs des salons du livre, un peu partout en province. Ces romans ont atteint plusieurs lecteurs qui en redemandent. Guy Bergeron a bien répondu à leurs attentes, en 2010, en publiant une nouvelle trilogie, dans le même univers que la première, mais qui n'en n'est pas une suite directe: même univers, personnages différents.


Dans le premier tome de cette série, nous découvrons une galerie de personnages, à commencer par Darius, marin de son état, qui subira de lourdes pertes en début de roman, ce qui correspond à la naissance de la princesse du royaume de Ferrolia. La princesse est atteinte du Grand mal, et le roi demande au dieu protecteur du royaume, Ferrol, de la soigner, mais rien ne se passe. Le roi entre en froid avec son clergé et en vient à conclure qu'il doit tuer l'enfant pour retrouver les bonnes grâces de son dieu et arrêter les fléaux qui s'abattent sur son royaume. Mais la reine, aidé d'un garde fidèle, sauve la princesse. Le garde l'amène au loin, dans un village où elle grandira sans connaître sa véritable histoire.


Là-bas, rendue ado, elle sera martyrisée par d'autres ados du village et, à la mort de son père adoptif, assassiné par des voleurs, elle décidera de le chercher, avec l'aide de son nouvel ami, qui possède un don qu'il cache.... Les deux exclus se comprennent rapidement, et décident de chercher l'ermite de la forêt, qui pourrait aider la princesse à guérir du Grand mal. C'est là que tout déboule: les dieux, dans leurs royaumes, sont en guerre les uns avec les autres et leurs combats auront des répercussions jusque dans le monde des hommes...
J'ai lu le roman il y a quelque temps déjà et j'ai hésite longtemps avant d'en faire une critique, et j'ai compris pourquoi: je suis jaloux! C'est très bon, très bien écrit, on se laisse embarquer par cette histoire et les personnages. Guy Bergeron prend le temps d'installer son unviers et ses personnages et immerger le lecteur dans son univers de fantasy délicatement. Quelques informations sont données en condensé, mais ce n'est pas désagréable. On a l'impression de se faire raconter une histoire, et c'est une expérience de lecture qui fait changement de ce que je lis habituellement.
Je lirai certainement la suite, mais en attendant, je vous invite à vous laisser tenter, si vous aimez la fantasy, par Le portail des Ombres.

dimanche 22 juillet 2012

Un dimanche à la piscine à Kigali, Gil Courtemanche



Certains livres nous font voyager et découvrir des univers merveilleux. D'autres nous amènent voir l'enfer de la bêtise de l'homme.
Un dimanche à la piscine à Kigali est l'un des meilleurs livres que j'ai lus et il entre dans la seconde catégorie. Chronique de la violence et de la mort des Tutsies au Rwanda, par leurs cousins Hutus, le livre de Gil Courtemanche présente deux personnages plus grands que nature, Bernard Valcourt, journaliste télé et Gentille, une Hutu dont le corps ressemble à celui d'une Tutsie.


Le roman présente, sous la forme de petites scènes, l'histoire d'amour entre Valcourt et Gentille, agrémentée de la vie et de la mort de leurs amis. Des scènes d'une cruauté et d'une violence inouïe, mais jamais gratuite. La mort de Méthode, que le sida emporte alors qu'il fait l'amour une dernière fois, devant sa famille et ses amis; celle de Cyprien, tué alors qu'on l'oblige à violer sa propre femme; les massacres aux diverses barricades qui prennent place à Kigali alors que les Hutus décident de mener une révolution contre les autorités en place et contre les Tutsies.


Un roman qui aide à comprendre, à percevoir, à appréhender l'étendue du conflit africain. Pertinent jusque dans les moments où l'auteur doit expliquer au profane que les Tutsies étaient l'ethnie dominante jusqu'à tout récemment et que les Hutus agissaient ainsi pour se venger d'une haine qui n'existe pas.

samedi 21 juillet 2012

Un petit pas pour l'homme, Stéphane Dompierre



Des personnages attachants, forts et vulnérables et une histoire pleine d'espoir, pleine de vie, pleine de réalisme, c'est ce qu'offre Stéphane Dompierre.


Daniel, que ses amis appellent Deejay, est gérant d'un magasin de disque à Montréal. Un matin, il annonce à sa blonde qu'il ne l'aime plus et qu'ils se séparent. Il est dans la première phase, celle dite du taureau relâché, aussi connue sous le nom de phase du caniche en rut zignant sur la jambe du mononcle habillé propre qu'on ne voit pas souvent. (p. 15). En fait, Daniel vivra les cinq étapes du célibat, de la rupture de la relation précédente à la remise en couple: 1- rupture et envie de baiser, 2- repli total sur soi, 3- réouverture sur le monde, 4- apprentissage de la solitude et du célibat (baises occasionnelles à gauche ou à droite) et 5- besoin de fréquenter une personne sur une base stable.
L'auteur dispose d'un style comique et intelligent; il dépeint bien les relations de couple de façon bien imagée. Son langage n'est pas ampoulé ou emprunté: il est franc et direct, n'hésitant pas à recourir à la vulgarité si nécessaire, mais ne tombant pas dans le mauvais goût. Les images sont fortes et l'étude de moeurs assez puissante: il est aisé de reconnaître des amis ou de se reconnaître dans le propos tellement le tout est vrai. Les situations embarrassantes ou cocasses sont nombreuses et le personnage principal ne manque pas de caractère et d'humour, pour le plus grand plaisir du lecteur, qui se sent entouré d'amis.


Une bonne lecture, qui ne demande pas trop d'effort, qui est fort agréable et qui, de surcroit, vous fera passer quelques petits moments de détente.
Mesdames, ce livre vous permettra de mieux comprendre votre copain.
Messieurs, ce livre vous permettra de réaliser que vous n'êtes pas seul au monde.

vendredi 20 juillet 2012

Les archipels du temps, Daniel Sernine



Exploration du thème du temps et du changement à travers un roman époustouflant!
Les archipels du temps est le second volet de la série La suite du temps. Le premier tome, Les méandres du temps, est un consistant roman publié pour la première fois par les éditions du Préambule, en 1983, et publié à nouveau par Alire en 2004. À noter que dans le même univers se trouve quatre romans pour jeunes (Organisation Argus, Argus intervient, Argus: mission mille et Les rêves d'Argus) et qu'on peut y greffer Chronoreg (quoi que Chronoreg semble se dérouler dans une autre trame temporelle: on ne retrouve pas, dans Les archipels du temps, les divergences géopolitiques avec notre époque que présente Chronoreg).
Bref, ce n'est pas la première fois que Sernine explore l'univers complexe de la SF de haut vol. Dans ce roman se déroulant sur plus de trente ans, nous suivons Nicolas Dérec, métapse (possédant des facultés psy, comme la percipience et l'empathie), dans sa quête de la prophétie des Lunes, une vision d'une guerre du futur qu'a eu Maître Karilian avant de mourir, à l'époque du recrutement de Nicolas par les Eryméens (Argus) une société humaine à la technologie avancée dont la mission ultime est d'empêcher tout conflit majeur d'éclater sur Terre (d'où les divergences avec Chronoreg, où le Québec est en guerre avec le Canada et les USA dans la région des chutes de Churchill, entre autres... cependant, dans Chronoreg, il y a une intervention d'Argus... et la drogue en question, le chronoreg, apparaît dans Les archipels du temps... ). Donc, Nicolas suivra sa formation de métapse, pour apprendre à maîtriser ses facultés, et se retrouvera être un percipient de premier plan. Au fil de ses amours, de ses aventures, de ses affectations, il acquerra une pleine maîtrise de ses talents, et périodiquement, il aura des visions rattachées à la Prophétie des Lunes, par le biais d'autres gens, puis finalement, grâce à son propre pouvoir.
Il découvrira que la Terre, par le truchement des États-Unis, tentera d'attaquer Argus, la base lunaire, ainsi que les différents vaisseaux éryméens, et il sera de ceux qui organiseront la riposte et la contre-offensive, car celle qui dirige l'attaque des terriens est une vieille connaissance, revenue le hanter...

Ce roman démontre l'ampleur du souffle de la plume de Sernine ainsi que la précision de son imagination: tout semble si réel, si plausible. Les descriptions sont à couper le souffle par leur poésie et les personnages apparaissent vivants tellement ils sont bien campés. La vie des Éryméens, leurs loisirs, leurs quotidiens, nous sont dévoilés et provoquent l'émerveillement et l'envie: qui ne souhaiterait pas voler comme un oiseau dans la faible pesanteur lunaire, ou encore déambuler parmi les monuments terriens conservés comme autant de trésors. Mais avant la science-fiction, les facultés psy, la technologie ou la guerre, c'est l'aspect humain qui est mis à l'avant-plan dans le récit. Nicolas est confronté à des pertes, des décès; des amours de forment et se brisent, dans les moeurs plus libres d'Érymède, mais laissent des traces: après tout, ce sont des êtres humains qui vivent, ressentent et souffrent. Parmi les questions soulevées, une semble chère à l'auteur: dans une société plus libre, est-ce que l'amour existe encore? Quand les distances se comptent en unités gigantesques, est-ce que l'adage "loin des yeux, loin du coeur" adopte la même signification? Très peu de réponses sont apportées à ces questions. À la fin du roman, Nicolas se retrouve seul, trahi par celle qu'il aime et qui ne l'aime pas tant que ça, son meilleur ami décédé, sans enfant... et avec la connaissance que son futur, qu'il n'a pas encore entrevu, renferme des atrocités...
Bref, un excellent roman, digne des meilleures oeuvres de science-fiction au niveau mondial.

Lectures

Je lis depuis toujours, je pense. Depuis quelques années, je publie des billets, des critiques, des chroniques sur mes lectures, tant sur le web que dans divers périodiques amateurs, semi-pro et pro, tels Brins d'éternité, Horrifique, Clair/Obscur, CôteBlogue, Solaris... 


J'ai souvent posté des billets sur mes lectures sur mon propre blogue, mais comme il se module souvent, je les enlève périodiquement. J'ai donc décidé de regrouper mes lectures sur un blogue indépendant. 

Ce blogue se veut un espace de discussion aussi, donc si vous n'êtes pas d'accord avec moi, ne vous gênez pas pour vous exprimer! Au courant des prochaines semaines, je posterai donc d'anciennes critiques et j'en ajouterai des nouvelles au fil des mois. 

En vous souhaitant bonne lecture, 

-M-